Le manque d’ambition de l’Agglo pour les énergies renouvelables

Lors du Conseil municipal du lundi 18 décembre, les élus devaient se prononcer sur un projet préparé par l’Agglo, et concernant l’identification de zones d’accélération pour les énergies renouvelables (ZAENR). Nous nous sommes prononcés CONTRE pour de nombreuses raisons, de fond et de forme. Voici le texte de l’intervention d’Emmanuel Dupit pour le groupe Gleizé Renouveau :

Monsieur le Maire,

En préambule, nous souhaiterions que soit clarifié l’objet du vote de ce soir, qui apparaît très flou dans la délibération qui nous est soumise. En effet, il est question d’identifier des ZAENR, ce qui est déjà fait, et des ouvrages connexes qui n’apparaissent pas sur les cartes, pas plus d’ailleurs que les surfaces cadastrées. De plus, on nous demande de vous autoriser à transmettre les zones identifiées à l’autorité préfectorale, à la CAVBS et au Syndicat Mixte du Beaujolais : cela signifie-t-il que nous devons nous prononcer sur les ZAENR à la seule échelle de la commune ?

La nécessité de cette clarification illustre les imprécisions qui caractérisent ce dossier, et dont on pourrait citer d’autres exemples : ainsi les cartes concernant le potentiel géothermique nous semblent parfaitement inexploitables au regard de leur manque de précision. Concernant le potentiel bois énergie, il s’agit d’un potentiel de consommation et non de production énergétique, défini selon une méthodologie assez contestable consistant à répartir ledit potentiel au prorata de la population de chaque commune, comme si les modes de chauffage ou de production électrique étaient identiques pour les petites communes rurales de l’ouest de notre territoire à ceux des communes plus urbaines comme la nôtre.

Quant à la présence dans ce dossier du réseau de chaleur urbain et de la chaleur fatale, elle dénote au mieux un manque de rigueur, au pire une volonté de gonfler artificiellement le potentiel de production des ENR. Car il convient de rappeler que le réseau de chaleur urbaine est principalement alimenté par l’incinération des ordures ménagères, donc des déchets qui sortent du circuit de l’économie circulaire, tandis que la chaleur fatale est issue du processus de production des plus gros industriels du territoire. Ces deux gisements énergétiques n’ont donc rien de renouvelable, et leur présence dans ce document vous a probablement semblé inopportune, à vous qui nous rappeliez au cours d’un autre débat que votre instituteur vous apprenait à ne pas additionner les choux et les carottes.

Mais revenons maintenant au cœur du dossier. Il est important de souligner que celui-ci s’inscrit dans le cadre d’une stratégie globale portée par le Plan Climat Air Énergie Territorial adopté par l’Agglo début 2020. Ce PCAET fixe des objectifs de baisse de la consommation énergétique par rapport à l’année 2015 qui sert de référence (1777GWh), de 53 % en 2050, avec des échéances intermédiaires à 22 % en 2030 et 13 % en 2024 (-231GWh). Il conviendrait de savoir où nous en sommes aujourd’hui de cette baisse, pour pouvoir fixer des objectifs qui répondent réellement à cet enjeu, sachant par ailleurs que ce PCAET avait été critiqué par les associations environnementales pour son manque d’ambition face à l’urgence climatique.

Eu égard à ce contexte d’urgence, la décision très politique consistant à s’aligner sur les positions du département en écartant d’un revers de main toute possibilité de recours à l’énergie éolienne nous semble totalement irresponsable. Ce d’autant plus que si notre territoire n’est pas actuelle- ment aussi venté que d’autres, le réchauffement climatique semble avoir pour effet d’accroître les flux atmosphériques en provenance du sud, beaucoup plus puissants et donc potentiellement propices à ce type de production énergétique. La gravité du sujet aurait mérité au minimum une étude (y compris en termes d’impacts paysagers) et un débat, plutôt qu’un blackout tel que celui auquel nous avons droit.

D’autant plus que les éléments qui nous ont été fournis sont également très évasifs sur la possibilité- té d’un recours à la méthanisation. Là encore, il ne s’agit pas de décider unilatéralement que ce gisement doit être exploité à n’importe quel prix, car on sait que les grosses unités de méthanisation font débat, et pas seulement en raison des nuisances qu’elles provoquent. Mais une réflexion plus précise et plus approfondie sur le sujet aurait été nécessaire.

Encore aurait-il fallu pour cela adopter une autre démarche méthodologique dans la définition des ZAENR, en s’appuyant sur les idées, propositions et expertises des associations, des acteurs de la filière et des citoyens, en d’autres termes, en organisant de véritables concertations, et non une simple réunion d’information, comme cela a été le cas à Limas le 7 décembre dernier. Certes, le calendrier imposé par l’État est très resserré, mais une meilleure anticipation du sujet en amont aurait permis de mieux s’affranchir de cette contrainte.

Pour conclure, la définition des ZAENR telle qu’elle nous est présentée ne nous paraît pas à la hauteur des enjeux. En effet, il ne s’agit que de la mise en évidence d’un potentiel théorique et en partie tronqué, qui nécessiterait d’être exploité dans sa totalité pour espérer répondre aux objectifs fixés par le PCAET, à savoir couvrir 72 % de notre consommation énergétique à l’horizon 2050. Ce qui pose la question du plan d’action de notre collectivité et de son calendrier, que nous attendons avec une impatience proportionnelle à l’urgence du sujet.

C’est pourquoi, en concertation avec les autres élus d’opposition de l’agglomération, nous voterons contre ce projet.