Pour une eau sans résidus de pesticides et sans PFAS

Intervention d’Angélique Dessaigne pour le groupe de la gauche et de l’écologie lors du Conseil d’Agglo du 23 septembre, concernant la présentation des rapports annuels sur le prix et la qualité du service public de l’eau potable.

Monsieur le Président, chers collègues,

Nous nous sommes saisis ce soir du rapport annuel sur la qualité de l’eau. Avant d’aborder les sujets de vigilance, je tiens à souligner des avancées positives qui vont donc dans le bon sens et qu’il convient de relever :

– Un excellent rendement du réseau : 90 % de l’eau consommée est facturée, ce qui témoigne d’un réseau bien entretenu et d’une bonne maîtrise des fuites.

– L’unité de décarbonatation : Le financement de cet équipement est une excellente nouvelle. Il améliorera la qualité de l’eau pour les consommateurs tout en ouvrant une opportunité de valoriser les minéraux résiduels dans l’agriculture ou le BTP.

Ce rapport met également en lumière une réalité que nous ne pouvons plus ignorer : la présence de micropolluants et des PFAS, ces « polluants éternels ».

Le tableau historique des ARS sur le site de Beauregard montre des détections régulières. Sur ce point, je tiens à insister sur une nuance capitale pour rassurer nos concitoyens tout en posant les vraies questions : les dépassements constatés et les pics relevés (notamment sur les 4 PFAS les plus préoccupants, dont le PFOA et le PFOS) concernent exclusivement l’eau brute, et non l’eau du robinet distribuée et traitée, qui, elle, respecte les normes sanitaires en vigueur.

Cependant, cette distinction ne doit pas nous faire éluder le problème, bien au contraire. Elle soulève des interrogations majeures pour notre collectivité :

– D’où vient cette pollution en amont ? Quelle est l’origine exacte de ces flux de PFAS qui contaminent notre ressource brute dans la Saône ?

– Quel est le coût à terme pour la collectivité ? Si la pollution de l’eau brute s’aggrave, les traitements de potabilisation nécessaires deviendront de plus en plus complexes et onéreux. C’est un coût potentiel que la collectivité – et donc le contribuable – finit par supporter.

– Nous savons que la réglementation va encore évoluer sur la question des PFAS et que nous ne pouvons pas nous satisfaire d’être simplement en dessous des seuils.

Cette inquiétude sur l’eau fait écho à une autre alerte majeure, issue du dernier bilan d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes à Villefranche-sur-Saône. Notre commune subit une exposition aux pesticides supérieure à 74 % du territoire métropolitain, avec en point d’orgue le Fluopyram, un fongicide mesuré à des niveaux 6 fois supérieurs à la moyenne nationale.

Le lien scientifique avec notre rapport sur l’eau est direct : le Fluopyram est structurellement un PFAS. Lorsqu’il est présent dans l’atmosphère, il retombe, contamine les sols et finit par ruisseler vers nos ressources. À cela s’ajoute la détection de la Perméthrine, un insecticide interdit depuis dix ans, mesuré à 3 fois la moyenne nationale.

En 2024, la MRAE alertait déjà sur les dépassements des valeurs limites des polluants atmosphériques de l’OMS lors du projet de la ZAC Beauparc. Feindre la surprise aujourd’hui n’est plus tenable.

L’écologie et la santé publique ne peuvent plus être les parents pauvres de nos projets d’aménagement. Notre responsabilité d’élu.es est de protéger la population, en particulier les plus fragiles.

Il faut pouvoir se le dire, nous savons que sur notre territoire, nous avons un enjeu fort lié à l’agriculture et notamment aux exploitations viticoles. Il ne s’agit évidemment pas de stigmatiser les viticulteurs et agriculteurs, qui sont les premiers exposés à ces molécules. Notre rôle, en tant qu’agglomération, est d’être à leurs côtés en déployant des outils financiers et techniques pour les aider à sortir de cette dépendance :

– Mettre en place un diagnostic « Zéro Pesticides PFAS ».

– Proposer des substituts et alternatives concrètes.

– Accompagner la réduction des produits de synthèse et valoriser l’enherbement des rangs.

La boîte noire est ouverte, les chiffres sont là. Il est temps d’agir avec pragmatisme, anticipation et responsabilité politique. Je vous remercie.

A lire l’article du Patriote Beaujolais :

Eau potable dans l’agglo de Villefranche : la qualité s’améliore, les polluants éternels inquiètent