Un Plan d’action agricole de l’Agglo « hors du temps » qui ne prend en compte ni l’usage des pesticides, ni l’agriculture bio

Traitement des vignes dans le Beaujolais

Le 16 avril dernier, le Conseil communautaire était amené à se prononcer sur le Plan d’action agricole de l’Agglo. Emmanuel Dupit, élu d’opposition Gleizé Renouveau, a expliqué pourquoi il s’abstiendrait sur ce vote. Nous verrons ensuite les réactions des maires de Limas et de Gleizé suite à cette intervention.

Monsieur le Vice-Président,

Comme cela est rappelé dans la délibération qui nous est soumise, la politique agricole est un secteur stratégique et un enjeu majeur pour de nombreux domaines de compétences de notre collectivité, qu’il s’agisse d’économie, d’aménagement du territoire ou de transition écologique.

A cet égard, ce plan est donc un élément structurant pour notre territoire, au même titre que le PLUiH, le CLS ou différents schémas directeurs et plans d’action que nous avons eu l’occasion d’examiner depuis le début de ce mandat, et on peut regretter qu’il nous soit soumis à moins d’un an de la fin de celui-ci.

Concernant sa méthode d’élaboration, si nous partageons le diagnostic qui permet d’identifier les quatre axes qui servent de cadre aux actions proposées, nous regrettons une fois de plus que la concertation menée pour définir le contenu de ces actions ait été trop restrictive. Ainsi, le dossier affirme que celle-ci a été menée avec « les acteurs agricoles locaux, les partenaires institutionnels ainsi que les différents élus et services de la Communauté d’agglomération ». Il conviendrait plutôt de dire « des élus de la  Communauté d’agglomération » car pour notre part, nous n’avons pas été conviés à participer à cette réflexion. Par ailleurs, il n’est fait nulle mention de la participation des associations de défense de l’environnement et de la biodiversité, qui ne sont pas les « danseurs aux pieds nus mangeurs de graines » que caricature avec mépris le président du conseil départemental dans une saillie aux accents trumpistes assez nauséabonds, mais des partenaires majeurs dans l’optique de la transition agricole.

En ce qui concerne les actions projetées, nous ne pouvons que souscrire à leurs intentions, tout en soulignant une fois de plus un certain nombre de manques et d’angles morts qui nous semblent préjudiciables au regard des enjeux évoqués. Tout d’abord, nous constatons une nouvelle fois que ce plan d’action n’intègre aucun objectif chiffré. Certes, tous les indicateurs de suivi présentés dans les fiches-actions ne peuvent donner lieu à une évaluation chiffrée, mais celle-ci nous semble indispensable sur certains points pour montrer puis mesurer le niveau réel d’engagement de notre collectivité dans la conduite de sa politique : c’est le cas pour l’action 1.2 (« Déployer une action foncière ciblée sur les secteurs prioritaires »), pour laquelle il serait important de s’engager sur un nombre d’hectares remobilisés, mais également pour l’action 4.2 (« Soutenir la production ligneuse sur le territoire en développant la plantation de haies et l’agroforesterie »), pour laquelle il nous semble nécessaire de se fixer un objectif en nombre de kilomètres de haies et d’arbres isolés plantés. Cela nous paraît encore plus indispensable dans le cadre de l’action 5.1 (« Augmenter l’approvisionnement en produits locaux et de qualité dans la restauration collective du territoire »), en fixant un objectif pour le pourcentage des structures de restauration collective en conformité avec la loi Egalim, puisqu’il s’agit ni plus ni moins que de respecter des obligations légales.

Au-delà de cette prudence dans la définition des objectifs, qui peut être vue comme un manque de volontarisme, nous déplorons également un manque d’ambition sur certaines actions. Ainsi, sur l’action 2.1, qui vise à soutenir les dynamiques d’installation et de transmission sur le territoire, il est possible d’aller plus loin que ce qui est proposé en exonérant les agriculteurs qui s’installent en bio de la TFNB pour faciliter la mise en route de leur activité, dans un contexte où environ 13% de la surface agricole utile est en agriculture biologique sur le territoire de la CAVBS, un chiffe certes encourageant, mais insuffisant, notamment à cause des difficultés d’installation. Il pourrait également s’avérer judicieux de créer des fermes communales ou intercommunales, ou des Coopératives d’Activité et d’Emploi dans le cadre de l’espace-test évoqué dans la fiche-action.

Sans surprise, c’est sur le volet transition agroécologique que nous nous montrerons le plus réservés. Dans le cadre de l’action 3, qui a pour objectif de mettre en place un projet agricole sur le PPR des champs captants, il nous semble indispensable de définir un cahier des charges en bio, d’abord pour garantir une protection optimale des champs captants et sécuriser l’approvisionnement en eau potable de la majorité des habitants de notre territoire, mais aussi parce que cela constituerait un début de réponse à la problématique de l’installation en Agriculture Biologique que je viens d’évoquer. Or il n’en est pas du tout question dans la fiche-action, pas même dans les partenaires à associer, comme si ce mode de culture était tabou sur notre territoire, alors qu’il conviendrait au contraire de le valoriser et de le démocratiser.

Et puisqu’il est question de tabous, la fiche-action 4.1 dresse le constat suivant : « Les sols du territoire, notamment sur les coteaux, sont globalement pauvres en matières organiques. », sans en évoquer aucune cause. Or nous savons que cette pauvreté est une conséquence de l’effondrement de la biodiversité, causée en bonne partie par l’utilisation massive des produits phytosanitaires. Pourtant, aucune action n’est prévue à ce sujet dans votre plan d’action, et les termes « pesticides », « produits phytosanitaires » ou même « intrants chimiques » sont totalement absents du document, même quand il est question de transition des pratiques ou de nouveaux modes de productions dans l’action 4.3 : il s’agit là d’un véritable tour de force, mais surtout d’un déni de réalité particulièrement inquiétant ! Je n’ignore pas que je m’aventure ici en terrain miné, sans jeu de mot douteux, comme l’ont montré il y a quelques mois les débats autour du PLUiH. Mais s’il n’est pas dans mon propos de stigmatiser les agriculteurs et viticulteurs prisonniers d’un modèle de production dont ils sont les premières victimes, ni de nier que les pratiques commencent à évoluer, la prise de conscience ne suffira pas à résoudre un problème sanitaire mais aussi environnemental, économique et social qui est la résultante de décennies d’aveuglement, il y faudra de la volonté et des moyens, bien plus que ceux que vous esquissez à travers ce plan.

L’autre grand absent de ce document est le Projet Alimentaire Territorial, ce qui est un comble au regard des objectifs de l’axe 4 : « maintenir et créer du lien entre les agriculteurs et l’ensemble des habitants » ! Un tel document constituerait en effet un cadre permettant de structurer et consolider les filières agricoles locales, et de développer la consommation de leurs productions. L’agglo pourrait aussi être motrice dans la création de réseaux et de coopératives de producteurs locaux, par un soutien financier et/ou la mise à disposition de locaux.

Enfin, la question de la gouvernance de ce plan d’action se pose, puisqu’elle n’est pas définie dans le document autrement que par ses objectifs : pourriez-vous nous préciser quelles instances en seront chargées ?

En conclusion, si le constat posé est le bon, nous regrettons que ce plan ne prenne pas toute la mesure des enjeux liés à la transition agricole, et traduise une grande frilosité par rapport à la remise en cause d’un modèle en bout de course, alors que les alternatives existent au cœur même de notre territoire.

Suite à cette intervention, les maires de Limas et de Gleizé, les frères ennemis de la droite beaujolaise, ont unis leur forces pour défendre une vision productiviste et passéiste de l’agriculture. Avec la plus grande mauvaise foi, ils ont dénoncé les règlementations qui protègent les habitants et l’environnement. M. de Longevialle a accusé Emmanuel Dupit de vouloir culpabiliser les agriculteurs, ce qui est une pure invention (relire le texte). Et avec le mépris qu’on lui connait, il a ensuite qualifié les propos de l’élu d’opposition d’inepties hors-sol, déconnectées des réalités du terrain, montrant par là que c’est bien sa vision archaïque d’une pratique dépassée et contestée de l’agriculture qui est hors du temps…

A voir sur la chaine YouTube de l’Agglo, à partir de 00:31:27

Photo de couverture : Traitement des vignes dans le Beaujolais, par Esby, CC by sa, Wikipedia