Conséquences de l’incendie géant à Villefranche : l’incertitude demeure

suies au Bordelan

Emmanuel Dupit, élu Gleizé Renouveau, a utilisé son droit de questionnement lors du conseil communautaire du 12 novembre dernier, afin de savoir ce que l’Agglo avait fait pour protéger la population et l’environnement suite à l’incendie de l’usine de plastiques SBTN. Vous trouverez ci-dessous le texte de sa question, suivi d’un résumé de la réponse du président Ronzière et du lien vers la vidéo Youtube. A noter que plus d’un mois après l’accident, la Préfecture n’a toujours pas publié les résultats d’analyse promis…

Monsieur le Président,

Le 14 octobre dernier, un incendie a détruit les locaux de l’entreprise SBTN à Villefranche-sur-Saône, spécialisée dans la production de pièces thermoformées en polymères pour l’industrie automobile, générant un impressionnant panache de fumées noires.

Il est important de rappeler les règles de sécurité en la matière qui indiquent qu’il convient d’éviter la formation et la dispersion de poussières, leur introduction dans l’environnement, et de veiller à ce que les eaux d’extinction soient collectées à part (ni dans les canalisations publiques, ni dans les plans d’eau ou cours d’eau).

A notre connaissance, les causes de ce sinistre n’ont pas été communiquées, mais peut-être avez-vous des informations à nous donner à ce sujet. Quoi qu’il en soit, la préfecture s’est très rapidement voulue rassurante, en communiquant par voie de presse sur les relevés effectués par ATMO Auvergne-Rhône-Alpes concernant la teneur en particules fines de ces fumées. Cette communication interroge cependant sur plusieurs points.

Tout d’abord, si le préfet délégué à la sécurité n’a pas hésité à user d’arguments pour le moins tendancieux pour rassurer la population, affirmant par exemple, alors qu’il se trouvait sur les lieux de l’incendie, que le fait qu’il ne portait pas de masque prouvait l’absence de danger pour les populations, les services de l’état ont bien davantage tardé à informer les habitants de notre territoire sur les mesures de protection élémentaires à adopter, comme le lavage ou l’épluchage des fruits et légumes cultivés localement, et donc susceptibles d’avoir été recouverts par les retombées de ces fumées. Il est enfin intéressant de noter que les témoignages des pompiers du SDMIS étaient bien plus inquiétants sur la toxicité des fumées.

Cette réactivité à géométrie variable, à laquelle s’ajoute le silence des décideurs locaux dont vous faites partie, montre une fois de plus que l’obsession des pouvoirs publics dans ce genre de situation semble être de ne pas faire de vagues, et que leur attitude envers les habitants, dont ils ont la responsabilité d’assurer la sécurité, relève d’une condescendance assez infantilisante, voire d’un dédain ou déni des possibles effets sanitaires.

Par ailleurs, il paraît assez étonnant que les analyses de toxicité des fumées se soient limitées aux particules fines. On sait en effet que la combustion des matières plastiques génère aussi des Composés Organiques Volatils potentiellement néfastes pour la santé. La présence de ces COV a-t-elle été recherchée, et si oui, quel a été le résultat de ces recherches ?

La préfecture a en outre imposé par arrêté à l’entreprise SBTN d’effectuer des prélèvements environnementaux pour s’assurer de l’absence de contamination des sols et des eaux de surface et souterraines, dont les premiers résultats ont été dévoilés dans la presse le 23 octobre dernier, et se voulaient eux aussi plutôt rassurants. Cependant, nous ne souscrivons pas à cette confiance par principe des autorités dans les procédures d’autocontrôle réalisées par les industriels, et plusieurs précédents fâcheux nous ont donné raison, tels les cas des sociétés Campine ou encore Granuplast. L’association des Riverains de Jassans a d’ailleurs fait parvenir le 20 octobre dernier un courrier au sujet des conséquences de l’incendie sur le site de SBTN, dont vous étiez parmi les destinataires, et qui est resté à ce jour sans réponse… Comptez-vous  communiquer sur les résultats définitifs des analyses effectuées par la société SBTN ? Pensez-vous, le cas échéant, faire effectuer des analyses en lien avec la DREAL et l’ARS ?

De plus, la présence à quelques centaines de mètres au nord de l’entreprise des champs captants alimentant en eau potable une grande partie de notre territoire peut faire craindre des conséquences assez inquiétantes, d’autant plus à la vue des photos impressionnantes prises au plan d’eau de Bordelan dans les jours suivant l’incendie, et publiées par la Fédération de pêche du Rhône, qui montraient des eaux noircies de suies.

Certes, le traitement de ce dossier ne relève pas directement des compétences de notre collectivité.

Cependant, alors que la mise en place d’un Contrat Local de Santé incluant un volet relatif à la santé environnementale a été votée en début d’année, nous souhaiterions savoir de quelle manière vous entendez agir, avec les services de l’état, les professionnels de santé et aux côtés des associations environnementales et de santé, pour vous assurer que les habitants de l’agglomération, et tout particulièrement les femmes enceintes et les jeunes enfants, sont effectivement informés et protégés des pollutions résultant de ce sinistre et de leurs conséquences sanitaires à terme.

Enfin, pour élargir le débat, nous souhaiterions savoir si les services de l’agglo disposent d’une liste des ICPE qui stockent des matières inflammables et toxiques sur notre territoire.

Nous vous remercions par avance pour vos réponses.

Résumé de la réponse de M. Ronzière, président de l’Agglo : nous sommes nous aussi soucieux de la situation, je ne peux vous laisser dire que nous avons été condescendants. Notre objectif est de « faire », pas de communiquer. Je suis intervenu en préfecture pour me soucier des populations et de l’environnement, mais chacun doit rester à sa place. L’Agglo n’est pas compétente et ne peut faire de « contre-analyses ». Les résultats définitifs ne nous ont pas encore été fournis, mais les premiers résultats intermédiaires sont en deçà des seuils règlementaires. Nous sommes intervenus pour installer des barrages flottants sur le Morgon et la Saône, nous avons stocké les eaux d’extinction pour vérifier qu’on pouvait les relâcher dans la station d’épuration. Nous avons demandé à Veolia le renforcement des contrôle sur les puits de captage, ils ont déclaré ne déceler aucun impact mesurable. Les autocontrôles par les entreprises elles-même sont la procédure normale. Nous avons la liste des ICPE de notre territoire. Nous avons fait ce que nous devions faire. Nous sommes en contact avec l’entreprise SBTN sur les questions d’emplois.

Sans surprise, M. Ronzière renvoie toute la responsabilité aux services de l’Etat, sans répondre sur le Contrat Local de Santé, pourtant géré par l’Agglo…

A voir sur la chaine Youtube de l’Agglo à 02:00:18

(photo titre prise au plan d’eau du Bordelan, publiée sur la page Facebook de la Fédération de pêche du Rhône et de la Métropole)